POURQUOI ? 

L’éducation aux médias et à l’information (EMI) est inscrite dans le code de l’éducation depuis juillet 2013. Elle s’est développée à la suite des attentats de 2015. 

POUR QUI ?

Initialement, le collège était au coeur de l’EMI. Le primaire et la sixième y.ont été ajoutés, ainsi que les lieux extrascolaires. Mais c’est toute la population qui est concernée. 

COMMENT ?

Ateliers et interventions réalisés par des professionnels, résidences de journalistes… L’éducation aux médias prend des formes très variées selon les territoires.

 

Dans l’air du temps depuis 2015, à la suite des attentats contre «Charlie hebdo», l’éducation aux médias et à l’information (EMI) est inscrite dans le code de l’éducation depuis juillet 2013, et doit, à ce titre, être dispensée à tous les élèves des collèges. Mais le développement de l’esprit critique et la découverte des médias sont envisageables dès l’école primaire. Les collectivités ont la capacité d’être porteuses de projets aux côtés des directions régionales des affaires culturelles (Drac), qui apportent leur soutien financier. L’EMI peut prendre des formes variées: interventions ponctuelles, initiatives au long cours ou résidences de journalistes… Au-delà du cadre scolaire, divers acteurs sont mobilisables : les centres sociaux et socioculturels, les maisons pour tous, celles des jeunes et de la culture, les centres de détention et toute association désireuse de s’investir.

Même si ce n’est pas l’objectif premier, l’EMI est un moyen d’apporter un regard neuf sur le territoire, comme l’a souligné Sophie Lecointe, le 18.octobre, lors de la 4e.édition de la rencontre consacrée à l’éducation aux médias et à l’information.(*) qui s’est tenue à la Maison de la radio à Paris. La conseillère attachée au service de la coordination des politiques culturelles et de l’innovation au sein du ministère de la Culture a affirmé : «Le ministère voudrait multiplier les résidences de journalistes. Elles changent le regard des journalistes sur les populations et permettent de changer le regard des populations vis à-vis des journalistes».

Entre 2016 et 2018, 48.résidences de journalisme ont eu lieu sur le territoire national. Plusieurs solutions s’offrent aux collectivités pour se lancer. Initialement forgé pour les projets artistiques, le contrat local d’éducation artistique (Clea) encadre les résidences selon un modèle assez flexible, dans la production de contenus ou dans l’accompagnement et la diffusion.

Des publics très variés 

Dans tous les cas, une convention devra être signée entre la Drac et les parties prenantes, les établissements publics de coopération intercommunale et/ou le média partenaire, ou encore une association. Le document précisera l’étendue de la résidence, le public visé, sa durée et le montant de la rémunération du ou des journalistes. D’autres projets s’inspirent du Clea en en reprenant l’esprit sans en avoir le label. L’EMI a été initialement conçue à destination des jeunes et des quartiers prioritaires de la ville, en temps scolaire ou en dehors, comme l’indique la note de cadrage du ministère de la Culture aux Drac le 9 décembre : « Tout doit être mis en oeuvre, dans la perspective de toucher en priorité des enfants de 11 à 13 ans […] ainsi que les jeunes en situation spécifique (jeunes sous mandat judiciaire, jeunes décrocheurs, jeunes en situation de handicap…) ».

À La Réunion, la deuxième résidence de journaliste en partenariat avec la protection judiciaire de la jeunesse, qui va commencer, s’adresse à de jeunes volontaires placés sous ordonnance judiciaire. « Nous avons mené un premier projet avec des élèves d’une dizaine d’années de l’école Primat [en novembre, pour ce quartier de Saint-Denis, 142 000 hab., ndlr], et deux journalistes. Il a donné lieu à la création d’un magazine. La seconde résidence, qui va débuter, en lien avec l’administration pénitentiaire, est destinée à des jeunes de 15 à 19 ans placés sous ordonnance judiciaire. Avec trois journalistes, ils vont réaliser un magazine et seront associés à toutes les étapes de la fabrication », explique Françoise Kersébet, responsable du département
« communication et médias » de la direction des affaires culturelles de La Réunion.

Envoyés spéciaux des élèves

Les projets peuvent donc être transversaux et intergénérationnels. C’est le cas pour la résidence qui a été organisée de janvier à avril 2018 à La Rochelle (74 300 hab., Charente-Maritime) avec des collégiens et des habitants du quartier de Villeneuve-les-Salines. En lien avec les affaires culturelles de la ville, l’association Escales documentaires avait réuni une réalisatrice et une journaliste de presse écrite, leur rémunération ayant été reversée sous forme de subventions provenant du département, de la Drac et de Fier de nos quartiers, fondation d’entrepreneurs mécènes dont le champ d’actions couvre l’agglo rochelaise pour soutenir des projets associatifs. L’intérêt de confier la résidence à une association est de pouvoir assurer un suivi satisfaisant pour la collectivité et pour les journalistes sur place, quand le temps ou les ressources humaines viennent à manquer.

Dans le sillage d’ Escales documentaires, Globe reporters, qui propose des projets d’éducation aux médias à des classes depuis 2007, a récemment porté celui d’une photojournaliste sur l’agglomération d’ Hénin- Carvin (14 communes, 124 300 hab., Pas-de-Calais). La spécificité de l’association est de s’appuyer sur un réseau de journalistes basés à l’étranger, qui deviennent les « envoyés spéciaux » des élèves journalistes. D’autres expérimentations sortant des cadres classiques sont en cours. À Tremblay-en-France (34 600 hab., Seine-Saint-Denis), Sylvie Fagnart, journaliste pigiste, a entamé à la rentrée 2018 une résidence d’un genre nouveau : une médiathèque en est la co-organisatrice, aux côtés de la mairie et avec les financements de la Drac Ile-de-France. La résidence, qui court sur l’année, est portée par la déléguée à la culture et par la directrice générale de l’action culturelle de la commune. « Je suis frappée, comme beaucoup, de la défiance envers les médias. L’éducation aux médias et à l’information ne doit pas avoir pour seul cadre l’école et l’enseignement. Il faut amener le public à s’interroger sur la fabrique de l’information, sur les bonnes façons de s’informer et développer le sens critique », appuie Sylvie Fagnart, qui a participé à la création de la plateforme d’éducation aux médias « Mediaeducation.fr », centralisant offres et demandes de réalisation de projets dans ce domaine.

En équipe de deux ou plus 

Quant aux journalistes, comment les choisir ? « Le journaliste doit être débrouillard et tout terrain », estime-t-elle. Mieux vaut privilégier des équipes de deux ou plus pour des territoires plus étendus, afin d’éviter l’isolement et la perte d’énergie. C’est ce qui ressort de l’expérience de Mukashyaka Nsengimana, qui a effectué une résidence dans l’interco Thiers Dore et montagne (30 communes, 37 700 hab., Puy-de-Dôme) auprès de jeunes, hors et pendant le temps scolaire. « J’ai pu mener des projets géniaux, que nous avons construits ensemble. Il faut faire attention à ce qu’ils ne soient pas trop téléguidés par les adultes. Le fait que je sois seule m’a permis de me sociabiliser, mais la solitude peut être pesante dans les villages, concède-t-elle. Je pense qu’il est important d’être en équipe. » De son côté, l’interco se déclare très satisfaite de cette première résidence, et le pôle
« enfance jeunesse » a poursuivi le travail avec les collèges et les lycées. C’est en effet l’un des principes de l’éducation aux médias et à l’information : la reproductibilité des projets. Qu’ils soient suivis à l’année ou plus ponctuels, les centres de liaison de l’enseignement et des médias d’information (Clemi), qui dépendent de l’Éducation nationale, et leurs ressources, pourront être de bons guides.

 

(*) Organisée par le ministère de la Culture, avec celui de l’Education nationale, Radio France, le Clemi – Réseau Canopé, les Assises du journalisme, Cartooning for peace et le Live magazine. Le compte rendu est disponible en ligne.

 

L’expert

JEAN-CHRISTOPHE THÉOBALT, chargé de mission « médiation
numérique et éducation aux médias » au ministère de la Culture
« L’un des enjeux est aussi de former les acteurs pour aider les structures »

« La médiation numérique rejoint l’éducation aux médias et à l’information. Il faut partir de la réalité des jeunes. L’un des enjeux est aussi de former les acteurs pour aider les structures, en leur apportant le financement. Le plus souvent, les conseillers en actions culturelles et artistiques suivent les départements pour développer les actions d’éducation aux médias, en plus de compétences transversales. Les projets d’éducation aux médias sont surtout portés par des associations, parfois par des Drac ou des médiathèques. D’autres coopérations ont lieu, avec les ministères de l’Éducation nationale et de la Justice, ou en lien avec la politique de la ville. »

 

TÉMOIGNAGE

« J’ai accompagné une web radio sur le thème des fausses informations »

VINCENT COQUAZ, journaliste à Libération et en résidence dans l’Oise. 

« J’ai été sollicité par la Drac des Hauts-de-France pour effectuer une résidence, portée par une association locale, Imag’in, qui avait déjà préparé le terrain en contactant différents acteurs intéressés (**). Le format proposé était une résidence itinérante s’étalant sur deux années scolaires. Salarié à mi-temps à “Libération” pour la rubrique “Checknews”, j’alterne à raison d’une demijournée par semaine dans l’Oise, à Creil, avec un quota de 40 demi-journées. J’ai commencé en octobre 2017. Mes interventions se sont déroulées surtout dans des collèges et des lycées, auprès d’une à trois classes réparties sur cinq ou six établissements, ainsi qu’auprès d’une maison des jeunes. J’ai accompagné une web radio, avec une émission sur le thème des fausses informations, durant trois ou quatre séances. Dans un autre collège, nous avons réalisé des articles, sur des sujets choisis par les élèves. J’ai pu suivre ainsi des projets durant six mois. »

(**) La Drac des Hauts-de-France assure le suivi et le financement du projet, qui se fait en lien avec l’Education nationale.

AVANTAGE

L’éducation aux médias peut se faire partout, avec peu d’outils et concerne tous les publics.

INCONVÉNIENT

Une personne doit suivre le projet pour qu’il soit efficace.

 

> Article paru dans le numéro du 4 février de la Gazette des communes, consultable en ligne (abonnés).